Nomeny, du Moyen-Âge à la Révolution Française

Depuis le don de l’église de Nomeny à  sa propre ville épiscopale (Saint-Symphorien) par l’évêque de Metz en 609, Nomeny appartient au temporel et au spirituel de Metz. C’est donc une ville qui a comme seigneur un évêque.

Pour contrôler la ville, Metz a mis en place des Voués, des seigneurs qui ont pour suzerain les évêques de Metz.

 

La vie d’un Noménien au Moyen-Âge.

Comment vivait-on dans un village de Nomeny depuis le Moyen-Âge jusqu’à la révolution ?

Au VIe  siècle, Clovis conquit toute la Gaule et la soumit à sa domination. Il suivait les règles romaines pour ne pas trop « déranger » les populations conquises. Et c’est à partir du moment où Clovis se convertit au christianisme que la ville de Metz se laissa dominer par le roi des Francs.  Apparut à ce moment-là la propriété : on attribua aux hommes libres, affranchis ou aux guerriers selon la loi romaine des manses seigneuriales ou royales. Ces propriétés étaient léguées de façon héréditaire aux enfants mâles. Ensuite, pour ceux qui étaient semi-libres ou serfs, on leur donna des terres à cultiver sans qu’ils en soient les propriétaires, pour s’assurer leur dépendances, leurs maîtres, leur faisaient prêter allégeance.

C’est ainsi que naquit la féodalité.

Le village en entier appartenait aux seigneurs, et il permettait aux villageois qui étaient ses serfs d’habiter les maisons s’ils travaillaient aux champs. Rien pour le paysan n’était gratuit. De ce fait tous les équipements du village étaient la propriété du seigneur, et les paysans devaient payer des taxes pour pouvoir les utiliser.

Parmi ces équipements collectifs nous pouvions trouver à Nomeny :

 

L’Hôpital ou Hôtel-Dieu.

Dès le XIe siècle (1075) des taxes en faveur de l’hôpital de Nomeny nous prouvent son existence. Au début, l’hôpital était à la charge des religieux. Mais lorsqu’il périclita, la gérance de l’hôpital passa aux mains des laïcs. L’Hôtel-Dieu ne vivait qu’à l’aide de donations privées et de taxes sur les produits de la scierie par exemple.

On pense qu’il existait des annexes proches de l’hôtel pour pouvoir enfermer les personnes atteintes de la peste ou de la lèpre. Mais il semble que les portes étaient très peu étanches puisqu’on dénombra treize victimes de la peste. Il y aurait aussi eu une maison de la charité où l’on dispensait des repas gratuits.

 

Le magasin à sel.

Il a été établi le 6 décembre 1606. A cette époque, le sel est un produit plus qu’important puisque c’était l’unique ingrédient qui permettait la conservation des denrées alimentaires. Il faut savoir aussi que la Lorraine, de par son passé préhistorique est très riche en sel. En effet, lors de la dernière déglaciation, l’eau des océans recouvrait la Lorraine et la région formait une cuvette. Lorsque l’eau s’est retirée, l’eau qui se trouvait en Lorraine, ne pouvait pas rejoindre les océans, alors elle s’est évaporée et comme dans les marécages salants en Camargue, il ne restait plus que le sel.

Le magasin à sel de Nomeny se ravitaillait dans la saline de MoyenVic.

En 1632, le magasin à sel a été vendu aux enchères.

 

Les fours banaux.

Cuire chez soi son propre pain était tout simplement interdit. Il était même interdit d’avoir un four plus grand qu’une aune de Lorraine (soit 63cm de haut) et proscrit aussi de cuire une pâte levée dans ce petit four. Pour faire leur pain, les villageois avaient recours aux fours banaux (collectifs).

Il y avait un responsable de four qui devait avoir chauffé le four pour 8h le matin et 14h l’après-midi, et il devait veiller à ne pas trop cuire le pain sinon les gens à qui appartenait le pain pouvaient venir se plaindre.

Dans le village de Nomeny, il y avait trois fours banaux intra-muros, rue Bréquille (le petit four), rue du Bon Puis (le four de Monseigneur), et rue Chambière (le four des Voués). Ils semblent avoir fonctionné depuis le Moyen-Âge jusqu’à la Révolution, où les gens ne voulurent plus payer pour faire cuire leur pain.

Il n’y avait que la boulangerie et l’Hôtel Dieu qui avaient le droit de faire cuire leur pain à domicile.

 

Les moulins.

Le duc de Mercœur avait sur le territoire de Nomeny deux moulins. L’un se trouvait sur la rivière en ville et l’autre à Brionne (ils fonctionnaient grâce à la force de l’eau de la Seille). Un troisième est localisé sur un étang dans le Ban de Delme (peut-être était-ce un moulin à vent ?). C’étaient des moulins à moudre les grains pour en faire de la farine (taxe : 1/16e de leurs denrées) où près de 425 feux venaient pour l’utiliser. Les tentatives pour aller dans un autre moulin pour payer moins cher, étaient sévèrement punies. En 1665, il y eu un conflit entre le meunier et les bourgeois venus moudre : ils accusent le meunier de trop augmenter la taxe de moulure.

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Reconstitution d’un moulin à eau en 3D

De l’autre côté de la Seille il y avait ce qu’on appelle des moulins foulant où les drapiers amenaient leurs pièces de tissus pour qu’elles soient foulées.

Le foulage textile est une technique qui varie selon les époques : il a pour but de dégraisser et de feutrer la laine en resserrant les fils, de donner à l’étoffe plus de souplesse, de moelleux et une douceur au toucher. La manœuvre se fait dans des bassins abondamment arrosés avec de l’eau alcaline additionnée de « terre à foulon » ou argile. Cette technique était déjà connue et employée par les Romains.

 

Il semblerait qu’à Nomeny, ce n’est pas cette technique qui a été utilisée : dans des moulins à foulons les matériaux textiles sont battus par des maillets entraînés par la force motrice de l’eau. En 1756, le moulin foulant était tellement vieux et en mauvais état que les drapiers allaient à Nancy pour faire fouler leurs draps.

 

Les pressoirs.

Ils se situaient : rue du Bon Puis.

Dans le bâtiment, il y avait deux pressoirs, construits en pierre de taille. Ils avaient une contenance de 17 et 14 hottes. Tous les paysans qui cultivaient dans le Ban de Nomeny, devaient obligatoirement venir presser le raisin dans le pressoir en ville. La taxe était la onzième hotte de récolte. Par conséquent, le fermier qui était responsable du pressoir devait fournir le personnel afin de pouvoir presser le raisin.

Une anecdote raconte qu’un proche ami de Léopold 1er s’est cru dans son bon droit en se fabriquant lui-même un pressoir, alors qu’il était dit dans la loi qu’il était obligé de presser ses fruits dans le pressoir commun.

Vers la fin du XVIIe siècle, un ras-le-bol général de la part des paysans couvait. En effet, ils en avaient assez de devoir payer des taxes à chaque fois qu’ils utilisaient des équipements collectifs. Ils voulaient avoir leurs propres équipements pour pouvoir les utiliser quand ils le voulaient et non plus dépendre des équipements que tout le monde utilisait et qui appartenaient au seigneur du village.

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Pressoir en pierre de taille similaire à ceux de Nomeny.

 

Au début du Moyen-Âge, il était admis que le seigneur fasse construire des équipements pour tout le village et qu’il en récolte les taxes. Mais la Révolution est proche et la Renaissance est déjà bien passée. Les particuliers peuvent alors acheter leurs parcelles au lieu de les louer à un propriétaire terrien auquel ils devaient allégeance. Alors les gens veulent avoir chez eux leur propre four à pain, leur propre pressoir… Et non plus dépendre des équipements collectifs et de leurs taxes.

 

En plus des institutions civiles dans le village, on peut remarquer la présence d’institutions religieuses dans et autour de Nomeny. Il y avait à la fois un couvent de Minimes masculins qui vivaient dans les murs, et un couvent de femmes qui s’appelait le couvent des sœurs de la Congrégation.

 

Le couvent des sœurs de la Congrégation.

La Congrégation des Sœurs de Notre-Dame fut fondée par Pierre Fourrier en 1597. Cette congrégation de femmes a pour but de pourvoir à l’éducation gratuite des jeunes filles jusqu’à 16 ans.

Jusqu’en 1614, de nombreux couvents s’établissent en Lorraine. A partir de cette date, ces couvents vont s’établir en dehors du duché de Lorraine. En 1617, l’évêque de Toul approuve la constitution de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame.

Il se trouve qu’a Nomeny s’est établit un des couvents de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame. Aujourd’hui, on a plus de traces du couvent de la Congrégation et ce à cause des nombreux incendies qu’il a subit et surtout à cause de la Révolution.

C’est en 1628 que Marguerite de Gonzague duchesse douairière, se réfugiant à Nomeny pour fuir les fléaux de la guerre de 30 ans, demande l’installation d’un couvent à proximité du village (on ne connait pas le lieu où s’est implanté le couvent) afin de dispenser une éducation aux jeunes filles du village.

Les cinq premières sœurs enseignantes furent transférées depuis Pont-à-Mousson. Au début, le couvent n’accueillait pas beaucoup de pensionnaires, mais très vite, on dû rajouter des dépendances comme un dortoir, des écoles extérieures en plus de l’église qui avait un très riche mobilier liturgique. On a remarqué dans la façon d’instruire aux jeunes filles une révolution scolaire puisque les jeunes filles étaient divisées en plusieurs groupes en fonction de leur âge.

 

 

Le couvent des Minimes (hommes) :

La première mention du couvent des Minimes (ordre masculin issus d’une branche des franciscains) à Nomeny date de 1614, moment où ils furent acceptés en Lorraine, tout à la fin du règne de Charles III. On leur donna une maison dans Nomeny.

Les minimes ont pour fondateur : Saint François de Paule, originaire de Calabre. Il menait une vie d’ermite dans toute la rigueur de ses austérités. Les minimes doivent observer un carême perpétuel (Période de jeune du mercredi des Cendres jusqu’au jour de Pâques, Le jeûne consiste à faire un seul repas pendant la journée, avec une alimentation frugale le matin et le soir. On ne doit rien manger entre les repas, sauf cas de maladie.) Les minimes doivent se nourrir uniquement de pain, de légumes, d’eau et d’huile. Ils doivent s’abstenir de toute consommation de chair ainsi que des produits issus de l’animal comme le beurre, les œufs et le lait.

Les principales activités des moines étaient : la prédication des carêmes, avents, retraites et pèlerinages, et après les guerres du XVIIe siècle, ils servaient les paroisses qui ont été abandonnées.

Le 28 mars 1616, les pères minimes ont eu autorisation de construire et ériger un couvent avec une église pour servir le public. Malheureusement, ces documents ont été perdus lors de leur transfert vers Metz qui avait pour but de les protéger pendant la guerre.

Il y avait une église, un couvent et un cimetière. On leur donna une maison particulière dans Nomeny. Généralement, il n’y avait qu’un père mais il pouvait y en avoir jusqu’à 4 mais pas plus. La maison que l’on donna aux minimes et dont ils se servaient comme couvent n’en avait pas l’air : c’était une maison tout ce qu’il y a de plus normal. Elle était délabrée car ce sont des frères pauvres et ils ne bénéficiaient pas de donations. Leur église n’était riche d’aucun mobilier remarquable.

  • Les Écoles publiques de Nomeny.

Puisqu’on vient de parler de l’école de filles au couvent de la Congrégation de Notre-Dame, parlons aussi de l’école de garçons. Au XIIe siècle, il est fait mention d’un maître à Nomeny. Envoyé de Metz pour l’instruction des enfants du peuple. Puis au XVe siècle, il est fait mention d’une taxe que l’on payait à la scierie pour couper du bois et au profit de l’instruction des enfants.

Puis au XVIIe avec l’installation de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame, les jeunes filles étaient instruites jusqu’à l’âge de seize ans.