La Chapelle Ephémère, pour se souvenir du Jeudi 20 Août 1914

Chapelle Commémorative

Quand on regarde la petite ville de Nomeny, on ne s’imagine pas une seconde qu’un siècle auparavant, à la fin de la Première Guerre Mondiale, il ne reste de la petite cité que gravas et poussière. Nomeny a été déclarée en 1928, ville martyre et a reçu la croix de guerre ainsi que la légion d’honneur. Sur la place Valentin Brocard, entre le monument dédié aux poilus, aux morts pour la France pendant la Seconde guerre Mondiale et les guerres en Indochine et en Algérie et l’aire de jeu pour enfants vous pourriez croiser un bien curieux édifice.

C’est une chapelle en bois qui commémore la perte des civils le 20 août 1914, en association avec la Pleureuse, de l’autre côté du pont au niveau du rondpoint. L’édifice en bois a été érigé en 2014 à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre par des enfants natifs de Nomeny lors d’un chantier jeune organisé par la MJC. Sous la direction de Julian King Georges, artiste et architecte, les élèves du collège de Nomeny ont contribué à créer ce nouveau monument aux morts éphémère qui cessera d’être en 2018.

En 2016, un autre chantier jeune a pris place dans la chapelle pour la restaurer quelque peu et les enfants ont notamment imaginé avec Laurence Bour, artiste peintre, une fresque qui rehausse la portée de la chapelle.

Chapelle - détail

Du 3 au 19 août : Ce qui se passe dans le village.

Pour bien comprendre l’importance de la chapelle commémorative, il faut remonter au début du mois d’août 1914. La guerre vient tout juste d’être déclarée. Les allemands sont à la frontière (qui se trouvait alors à quelques kilomètres du village) et depuis le 3 août 1914, ils font quotidiennement des incursions dans le village pour piller ici et là : un jour l’hôpital, un autre l’épicerie et surtout ils sont là pour faire peur aux habitants.

Quelques jours après la déclaration de guerre à l’Allemagne, un conseil est tenu dans le village pour débattre de la question du désarmement des habitants de Nomeny pour éviter d’envenimer la situation avec le régiment bavarois qui tourne autour du village. La décision est prise et toute arme est enfermée à double tour dans une armoire de la mairie. Les villageois sont donc totalement désarmés et ne peuvent lutter contre les pillages quotidiens des allemands. Puis vers le 14 août, les pillages cessent et on n’entend plus parler des allemands.

Il faut se méfier du calme avant la tempête.

Le jeudi noir : Le 20 août 1914

Au matin du jeudi 20 août, tout est tranquille dans la paisible vallée de la Seille. On voit passer un soldat français et un autre anglais se diriger vers les avant-postes. Rien ne présage ce qui va se passer en ce terrible jour.

Tout commence avec un nuage de poussière : c’est une colonne de soldats allemands qui se dirige droit sur Nomeny. Les premières balles sifflent à 9h15. Et jusqu’au soir, pas un moment d’accalmie pour les habitants du village. Les obus pleuvent sur le village, touchent les demeures des habitants qui se réveillent en sursaut. La mitrailleuse, prend le relais et fauche les habitants dans leur cuisine.

Pour défendre le village, il n’y a qu’une poignée de fantassins retranchés derrière une barricade de fortune faite de tonneaux et de véhicules agricoles. Ils vont néanmoins infliger quelques pertes à l’ennemi, mais pas assez pour orienter la bataille vers une victoire française. Les soldats français, eux, sont à dix kilomètres, dans les bois du grand couronné et ils ont pour ordre de ne pas bouger. Ils ne doivent pas venir au secours du village attaqué.

La victoire allemande ne fait aucun doute.

Sous cette pluie d’obus, incendiaires, de shrapnels et de tirs de mitrailleuse, la petite ville va peu a peu sombrer dans le chaos. Les habitants s’enfuient comme ils peuvent, pliés en deux pour tenter d’échapper aux balles allemandes.

Une fois la barricade de fantassins tombée le 2e et 4e régiment bavarois, entrent dans le village et inspectent chacune des maisons expulsant sans autre forme de procès les pauvres habitants dans la rue. Alors que ces derniers tentent de s’échapper, leur course désespérée est brutalement arrêtée par une balle allemande. Une fois les habitants sortis de leur demeure, et à l’aide de pastilles incendiaires, ils mettent le feu dans chacune des maisons, une par une.

De ce fait, les habitants chanceux qui s’étaient mieux cachés des soldats ennemis purent échapper aux balles, malheureusement, ils n’eurent pas cette chance à nouveau puisque les flammes les brûleraient bientôt.

Les allemands n’ont aucune pitié. C’est un véritable massacre !

Le 20 août au soir, la ville de Nomeny n’existe plus.

Ce n’est que vers 4h dans l’après-midi que le déluge de balles et obus diminue. Mais le village entier est en proie aux flammes.

Il y eu au total 57 morts civils et 1 disparue. Alors quand on rentre dans la chapelle commémorative, on peut trouver 57 emplacements de bougie où brûle la flamme du souvenir. Du village il ne reste que des ruines. La seule chose encore debout, c’est un pan de mur de l’église Saint-Étienne. Tout dans le village a été rasé, même le cours de la Seille a été quelque peu modifié à cause des cratères d’obus allemands.

On pourrait se demander quel était le motif d’un tel déchaînement de violence après un village qui n’avait que pour hommes armés une poignée de fantassins. Lorsque les soldats allemands sont entrés dans le village pour trouver le maire et déclarer que le village était sous autorité allemande, quelqu’un à quand même posé la question à l’un des soldats. Ce dernier répondit : « On nous a tiré dessus. » Et pour eux c’était un motif valable pour raser à blanc la petite ville. Mais il se trouve qu’après investigation, les allemands n’avaient aucun motif valable d’attaquer la paisible ville de Nomeny.

De la violence gratuite qui a traumatisé une région entière. En effet les rescapés de Nomeny sont arrivés un jour plus tard dans Nancy, en habits de nuits, couverts de poussière et de sang. De quoi choquer durablement.

Mais malgré tout cela, à la fin de la guerre la petite bourgade s’est redressée. Loin d’être abattue par toutes les horreurs de la guerre, Nomeny a remonté ses manches et a reconstruit sa ville pratiquement comme avant.